Incapacité de travail liée à la santé mentale : deux fois plus de risques chez les mères
Une étude récente des Mutualités Libres (Partenamut en Wallonie et à Bruxelles) montre que le risque d’incapacité de travail liée à des problèmes de santé mentale est nettement plus élevé chez les mères que chez les pères. Les mères vivant en couple présentent en moyenne un risque deux fois plus élevé d’être absentes du travail pour troubles psychosociaux. Cet écart se creuse encore avec le nombre de jeunes enfants dans le ménage, jusqu’à atteindre un risque trois fois supérieur pour les mères dans les ménages comptant trois enfants ou plus. Face à ce constat, les Mutualités Libres plaident pour une répartition plus équilibrée des tâches familiales et du travail rémunéré entre les parents.
4 juin 2026

Le déséquilibre persistant entre vie professionnelle et privée
Le marché du travail belge reste fort marqué par des disparités entre les genres : les femmes travaillent davantage à temps partiel (4 sur 5), et interrompent plus souvent leur carrière pour des raisons familiales. Elles consacrent en moyenne 15 h de plus par semaine que les pères aux tâches ménagères et familiales, selon une étude sur l'emploi du temps.
La littérature scientifique confirme que la parentalité est un facteur majeur d’inégalités professionnelles. Une étude récente (Fontenay et Tojerow) a calculé pour la première fois la child penalty dans le contexte belge : jusqu’à 8 ans après la naissance du premier enfant, les mères ont un risque d’incapacité de travail 40 % plus élevé que les pères, alors qu’il est identique avant la naissance.
"Les interruptions de carrière et congés thématiques facilitent la conciliation entre vie professionnelle et familiale, mais pèsent souvent davantage sur la carrière des femmes. Le congé de naissance peut aider à rétablir cet équilibre, mais reste sous-utilisé car trop souvent perçu comme un manque d’engagement au travail. Ainsi, ce sont surtout les femmes qui y ont recours, ce qui renforce les stéréotypes de genre", explique Thomas Otte, expert aux Mutualités Libres.
Un écart croissant selon le nombre de jeunes enfants
Nos chiffres laissent peu de place à l’interprétation : les mères sont touchées de manière disproportionnée par l’incapacité de travail liée à des problèmes de santé mentale, avec un écart important et structurel par rapport aux pères. Les mères en couple ont 2,27 fois plus de risques que les pères d’entrer en incapacité de travail pour des pathologies de santé mentale. Et ce risque grimpe à 2,67 fois pour les mères isolées.

La disparité s’accentue aussi avec le nombre d’enfants de moins de 7 ans dans le ménage. Chez les mères, le risque augmente nettement quand des jeunes enfants vivent sous le même toit. Cet effet n'est pas observé chez les pères : ni le nombre d'enfants, ni une nouvelle naissance, ni le temps écoulé depuis la naissance n'ont d'impact significatif.
- Sans jeunes enfants : risque 2,21 fois plus élevé pour les mères que pour les pères
- Avec un jeune enfant : risque 2,37 fois plus élevé pour les mères que pour les pères
- Avec deux jeunes enfants : risque 2,47 fois plus élevé pour les mères que pour les pères
- Avec plus de deux jeunes enfants : risque 2,99 fois plus élevé pour les mères que pour les pères
Besoin de réformes structurelles
Afin de réduire les arrêts de travail pour raisons psychiques chez les mères et les inégalités de genre, les Mutualités Libres proposent 5 mesures.
- Utiliser le crédit familial comme levier pour l’égalité de genre, avec une attention particulière aux parents isolés :
- Normaliser et encourager la prise du congé de naissance. Une culture de travail favorable, où la prise de congé est possible sans culpabilité, pression sociale ni conséquences négatives sur la carrière, est essentielle.
- Garantir que les parents isolés, dès la naissance ou après la perte de l’autre parent, aient droit à un congé parental équivalent à celui des familles biparentales
- Mettre en œuvre une simplification administrative et une harmonisation des régimes de congé entre les différents statuts professionnels
- Assurer davantage de flexibilité dans la prise du congé parental, notamment en permettant une prise à temps partiel pour les personnes ayant un contrat à temps partiel. Cela réduit les obstacles pour les parents qui n’y recourent pas actuellement pour des raisons financières ou organisationnelles
- Investir dans un accueil de la petite enfance abordable, de qualité et flexible, ce qui peut constituer un moteur important pour l’égalité de genre
- Nous demandons à l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes de mener une recherche sur des solutions concrètes et fondées sur des données probantes afin de réduire l'écart de genre lié à la parentalité, avec une attention particulière à l’incapacité de travail.
"Sans mesures structurelles, la conciliation entre vie professionnelle et familiale risque de devenir intenable pour de nombreuses mères. Un partage équilibré des responsabilités familiales est essentiel. Non seulement pour l'égalité des genres, mais aussi pour la santé mentale des parents qui travaillent", conclut Thomas Otte.
À propos de l'étude
L'étude s'appuie sur les données de 313.088 membres des Mutualités Libres entre 2017 et 2025. Elle examine le lien entre le contexte familial, la participation au marché du travail et l'incapacité de travail pour troubles liés à la santé mentale, en accordant une attention particulière aux différences de genre et de situation familiale.